Nous pensions initialement naviguer vers les Açores. Ce que l’on redoutait, mais que nous pensions éviter, et que finalemernt on n’a pas évité (ah la météo !), c’est que notre rencontre avec une belle dépression. Celle-ci nous oblige à faire un cap vers les Canaries, et qu’il nous faudra toute notre force pour orienter le bateau vers Madère et atteindre le port de Funchal.
Bien sûr, rien de tout cela ne serait pas possible sans Erwan qui nous soutient à distance, sans faille, mon roc.
Après une bonne semaine d’attente à surveiller la météo et après avoir constaté que ni la houle, ni la force du vent n’étaient vraiment favorables pour entreprendre notre traversée, Cloé et Lucille décident d’aller découvrir la jolie île de Santo Antao. Alors qu’elles doivent rentrer le soir, je les appelle en leur disant « La fenêtre météo se présente, on part dès que vous revenez. » Elles n’ont que le temps d’atterrir à bord, de prendre une rapide douche à la capitainerie, et on largue les amarres ! Le vent des alizés étant soutenu, il nous a fallu gréer de nouvelles voiles, faire quelques tests dans le chenal au près serré. Juste en partant, pour finalement nous établir à 40° du vent, une allure très inconfortable mais vraiment efficace. Le bateau tape, gîte, mais nous savons que si nous tenons comme cela pendant 5 ou 6 jours, nous aurons ensuite des vents portants pour nous hisser vers les Açores.
Malheureusement, après les six jours de près promis, nous enchaînons avec trois jours et trois nuits de grains… On a du mal à tenir la fatigue. Et la pauvre petite Claire, âgée de 9 mois est vraiment en manque de sommeil elle aussi. La question se pose, faut-il nous arrêter aux Canaries ?
Ce serait plus raisonnable. Mais si nous laissons le bateau aux Canaries, je dois reconstituer un équipage pour faire à nouveau un trajet en direction de Madère ou des Açores, une portion toujours contre les alizés. Je veux me rapprocher au maximum de l’Europe, pour espérer n’avoir plus qu’une travesée à faire ensuite avant de retrouver la maison, la famille réunie, et boucler la boucle.
Nous réussissons à nous convaincre toutes les trois de poursuivre nos efforts et de viser Madère. À ce moment-là, on met en place une véritable stratégie de survie, l’une de nous s’occupe de Claire, tandis que l’autre s’occupe du bateau et que la troisième tente de se reposer. Et ainsi, nous nous soutenons. Jusqu’au bout, nous aurons des vents forts et de la houle. Mais finalement nous voyons Madère se dresser devant nous, nous réussissons tant bien que mal une manœuvre dans le petit port de Funchal.
Quand on manquait de confiance en nous, il y avait toujours une équipière pour nous remonter le moral. Quand on était au bout de notre fatigue, il y avait toujours une équipière pour nous dire d’aller nous coucher, et quand on avait faim, il y avait toujours une équipière pour nous donner quelque chose de bon à nous mettre sous la dent. Et quand on avait envie d’un petit câlin, il y avait toujours la toute petite équipière Claire !
Grâce à la confiance que l’on a su s’insuffler les unes aux autres, on a vraiment l’impression d’avoir gravi un sacré sommet ! On se sent vivantes, fortes !